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Les autres réussissent et pas moi

Nous les trouvons plus séduisants, plus aimés, plus doués que nous-mêmes. D’où vient cette sensation que les autres ont toujours une vie meilleure que la nôtre ? Pourquoi avons-nous tant besoin d’envier leur sort ?

Dès l’école primaire, nous prenons conscience que nous ne sommes pas tous égaux : l’instit s’occupe davantage des enfants les plus mignons. Au lycée, nous ne pouvons nous empêcher d’admirer cet adolescent si populaire. Puis nos parents nous donneront en exemple cette cousine qui a réussi le concours de Normale sup, quand nous glandons à la fac sans la moindre idée de notre future carrière. Nous serrons les poings, blêmes d’envie, lorsque la fulgurante ascension sociale d’une ex-collègue ou, pire, de notre jeune frère est évoquée devant nous. Autrefois, nos destins étaient scellés avant même que nous naissions : le fils du cordonnier prendrait la succession de son père, l’aîné du propriétaire terrien hériterait du domaine familial. Dans nos sociétés libres et individualistes, où nous devons sans cesse faire nos preuves, il appartient au contraire à chacun de trouver sa place. Et presque tous, nous rêvons d’en occuper une qui nous apporte l’amour, l’argent, le pouvoir, le bon- heur. Seulement, il ne suffit pas de le vouloir… Et nos réalisations sont rarement à la hauteur de nos idéaux. Frustrés, nous en sommes réduits à envier le sort des autres…

L’envie est sans doute le sentiment le plus partagé. Pourtant, il est l’un des plus inavouables. S’avouer envieux, c’est en effet révéler notre insatisfaction et notre impuissance. De plus, l’envie draine dans son sillage une bonne dose d’agressivité et de violence. Saint Augustin décrit dans ses  Confessions le regard haineux du jeune enfant sur son petit frère blotti contre sa mère à l’heure de la tétée. S’il le pouvait, il l’assassinerait, c’est clair. Pourtant, il n’a plus l’âge de prendre le sein. Son cadet, en réalité, ne lui vole rien. Seulement, voilà, c’est la constante du désir humain : nous voulons la chose que l’autre a ou souhaite. Le désir, comme l’expliquait le philosophe René Girard, est mimétique. Le frère, l’ami, l’alter ego est mû par un désir, aussitôt nous nous imaginons que cet objet est notre propre idéal. C’est aussi la raison pour laquelle nous ne cessons de nous comparer : nous ne savons jamais clairement qui nous sommes et ce que nous désirons. Aussi nous appuyons-nous sur ce tiers qui nous ressemble pour obtenir la clé de cette énigme. Sans jamais trouver la bonne réponse.

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